Toutes les informations utilisées pour cette page sont tirées de la revue Elbeuf cité drapière n°4/2001 publiée

par l'Association d'Études Normandes.


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Le textile:

 

Jadis appelée "la ville aux cent cheminées", Elbeuf a longtemps vécu aux rythmes des métiers à tisser, cardeuses... Un petit rappel d'une époque révolue.

                                                                                                                                                                                       

Une manufacture royale

Ce n'est qu'au milieu du XV ème siècle que démarre dans ce petit bourg de la vallée de la Seine une activité textile.

 Le vrai départ

Le 11 mars 1667 un "arrêt" établit les statuts et règlements de la Manufacture royale d'Elbeuf. Il s'agit en fait d'entreprises privées qui s'engagent à respecter un cahier des charges fixé par l'administration: des produits de qualité homogène, déclinés en une gamme restreinte ( draps fins draps ordinaires............ ) labellisés draps d'Elbeuf.

      

Un véritable système se mets en place, imposant un mode de production et critères de fabrication ( Longueurs, largeurs, nombre de fils et de portées ect.........). Il semble que ces normes de production aient été proposées à l'administration par des drapiers protestants, les Lemonnier et Lecointe qui produisaient déjà à Elbeuf des draps "façon de Hollande", en s'inspirant des techniques en usage dans la région de Leyde où ils avaient fait des tournées. Ces familles forment à elles seules le noyau initial des 11 premiers fabricants. Au terme de l'arrêt de 1667 les autres drapiers du bourg ont 1 mois pour accepter les nouvelles normes de production et intégrer la Manufacture, passé ce délai tout candidat devra accepter un apprentissage de 3 ans.
En 1673 Nicolas Lemonnier fait bâtir ce que les habitants surnommeront la "Grande Maison". Sous le règne de Louis XIV la Manufacture compte environ 40 entreprises indépendantes les unes des autres. Les draps elbeuviens sont alors plus chers que ceux de Sedan et en 1692 leur production est presque 3 fois plus importante que celle de la cité des Ardennes. En Normandie à Rouen, Darnétal, et Louviers on produit des draps "façon d'Elbeuf". La population est alors d'environ 1600 habitants.

Entre 1750 - 1760 Elbeuf constitue le plus important centre exportateur de drap du royaume, bien loin devant Sedan et Abbeville. Les principaux clients étaient l'Espagne et ses colonies d'Amérique, l'Italie, les territoires allemands.

 La crise de 1828 à 1832 a des effets redoutables à Sedan, Roubaix et bien sur Elbeuf. En 1831, en plein marasme, démarre la production des "nouveautés". Sedan et Elbeuf se disputent un temps la paternité des toutes premières "nouveautés". Une chose est certaine, la cité des ardennaise choisit de se cantonner à l'uni, tandis qu'Elbeuf se lance dans la "nouveauté" et reprend rapidement la première place en France, en volume comme en qualité. Le premier à entreprendre ces articles de "nouveautés" à Elbeuf est Théodore Chennevière ( 1800 - 1858 ). Ces "nouveautés" sont des rayures ou des tartans écossais obtenus par les effets d'ourdissage qui est l'utilisation simultanée de plusieurs navettes. Le pari de Théodore Chennevière débouche sur un succès immédiat et retentissant. Dès 1832 cinq manufactures elbeuviennes fabriquent la "nouveauté" dix ans plus tard elles sont plus d'une centaine. Vers les années 1855 - 1865 à Elbeuf le chiffre d'affaires annuel est de 80 millions de francs de l'époque, assurant à la ville un pôle de production 3 fois plus grand que Sedan et 5 fois plus que Louviers. La ville fabrique en effet une gamme très diversifiée de produits: draps unis pour les administrations drap "nouveautés" ou fantaisie pour une clientèle aisée, tissus ordinaires pour les marchés régionaux, nationaux et d'exportations.

Après la crise du coton des années 1861 -1865 ( guerre de Sécession au États Unis ) et la baisse importante du prix de la laine ( traité du commerce de 1860), l'industrie elbeuvienne développe la fabrication d'articles de laine communs, vendus à bas prix. Le succès est tel qu'il provoque un appel de main-d'oeuvre: plusieurs milliers d'ouvriers de la région rouennaise affluent pour chercher du travail à Elbeuf. L'apogée démographique fut atteint en 1883 en effet Elbeuf comptait 23152 habitants qui en faisait la troisième ville du département après Rouen et juste derrière Le Havre.

 Les problèmes vont commencer vers 1860 les nouveaux métiers à tisser mécaniques se répandent trop lentement à Elbeuf, il y en a encore moins de 10 en 1860 et en 1870 ils produisent à peine 4% des étoffes "nouveautés" contre 50% en Angleterre. De plus le nombre d'entreprise se réduit d'année en année. Des dynasties patronales s'éteignent faute d'héritiers ou les enfants et gendres se désintéressent du textile et quittent Elbeuf. Fabricants de tissus de laine venus de Bischwiller en 1871 après l'annexion de l'Alsace, Les Blin ont édifié à Elbeuf un établissement industriel vaste, moderne qui couvrait 7345 m², 26650 m² en 1914 et 31150 m² en 1919. Surface qui n'évoluera plus jusqu'à la fermeture définitive du site en 1975.

 

                                                                                                  

Manufactures les plus importantes d'Elbeuf en 1855

 


Javal & Neymark     »  1819
Decaux Ph               »   1821
Flavigny Ch             »   1822
Beer-Morel              »   1830
Chennevière Th       »   1830
Ternisien                  »   1830
Legrix & Bruyant    »   1831
Barbier V                 »   1832
Bellest E                  »   1841
Le Sage - Maille      »   1842
Lefort & Vauquelin »   1844
Démar L & Cie        »   1852
Blin                          »   1871